Pour l’amour du savon

Située au coeur de Salon-de-Provence, la savonnerie Marius Fabre est une histoire de savoir-faire mais surtout de famille. Depuis 1900, quatre générations ont contribué au maintien de la fabrication du savon de Marseille selon le procédé traditionnel. Un héritage et des tours de main bien huilés que Julie et Marie Bousquet-Favre comptent bien faire perdurer.

Lorsque l’on franchit les portes de la savonnerie Marius Fabre, on est comme envouté par l’odeur des huiles qui s’échappent des chaudrons et bercé par le bruit des machines en action. Ce lieu est le symbole d’un savoir-faire provençal qui a su traverser les époques et les crises.

À la fin du 19e et au début du 20e siècle, c’est l’âge d’or de l’huile d’olive et de la fabrication du savon de Marseille

Julie Bousquet-Fabre, DIRIGEANTE DE LA SAVONNERIE MARIUS FABRE

L’histoire commence en 1900. Tout juste âgé de 22 ans, Marius Fabre aménage un hangar au fond de son jardin pour y installer deux chaudrons et quelques mises nécessaires à la fabrication du savon de Marseille. Salon-de-Provence est alors la capitale des huiles et du savon de part sa situation géographique, sa ligne de chemin de fer et sa proximité avec le port de Marseille: « À la fin du 19e et au début du 20e, c’est l’âge d’or de l’huile d’olive et de la fabrication du savon de Marseille », explique Julie. À cette époque, on ne comptait pas moins de 15 savonneries dans la ville !

Mobilisé durant la guerre 14-18, Marius confie la production des savons à son épouse, Marie, épaulée par un vieux contremaître italien: « Tous deux, ils vont assurer la survie de la jeune savonnerie Marius Fabre », raconte Julie. À son retour du conflit et pour répondre à la demande, Marius rachète la vaste fabrique Couderc pour y installer ses chaudrons. 80 ans plus tard, les chaudrons sont encore actifs conférant au lieu des airs de musée.

Et ce n’était pourtant pas gagné ! Bernard puis Henri, les fils de Marius ont dû faire face au déclin de l’industrie savonnière notamment causé par l’apparition des machines à laver, des grandes surfaces et plus globalement des effets de la mondialisation. Forte de son savoir-faire familial, la savonnerie résiste et retrouve des couleurs sous l’impulsion de Marie-Hélène Fabre et de son mari Robert Bousquet. Aujourd’hui, Marie et Julie, 4e génération Fabre, poursuivent avec la même passion cette aventure familiale: « La transmission familiale a toujours été très forte dans notre famille, notre grand-père y était très attaché ». 40 personnes travaillent aujourd’hui auprès des chaudrons et des mises de la savonnerie Marius Fabre.

Une recette traditionnelle et une fabrication artisanale

4 ingrédients sont nécessaires à la fabrication de l’authentique savon de Marseille : des huiles végétales, de l’eau, de sel marin et de soude qui permet la saponification. Sa fabrication en 5 étapes, « le procédé marseillais », est régie par l’édit de Colbert de 1688:

  • L’empatage – Les huiles et la soude sont ajoutées dans le chaudron, le tout est porté à ébullition et la masse se transforme en émulsion, c’est la saponification.
  • Le relargage – Cette étape consiste en l’adjonction d’eau et de sel marin.
  • La cuisson – Cette opération caractérise la saponification et permet la complète transformation en savon des corps gras.
  • Le lavage – C’est l’affinage de la pâte de savon effectué par une lessive de lavage.
  • La liquidation – L’étape finale qui permet d’assurer la transition de la structure cristalline du savon vers sa phase lisse par ajout d’eau.

Le maitre savonnier a un rôle clé parce qu’il est le détenteur de notre savoir-faire familial et de nos secrets de fabrication

Julie Bousquet-Fabre, DIRIGEANTE DE LA SAVONNERIE MARIUS FABRE

Du mélange des ingrédients, à la cuisson jusqu’au séchage dans les mises et au marquage des barres à la main, (presque) rien n’a changé depuis 1900. La fabrication traditionnelle du savon de Marseille en chaudron est un savoir-faire unique que la savonnerie souhaite à tout prix préserver. Un quatrième chaudron a d’ailleurs été acquis l’année dernière pour le plus grand plaisir de Jean-Pierre, le maître savonnier: « Le maitre savonnier a un rôle clé parce qu’il est le détenteur de notre savoir-faire familial et de nos secrets de fabrication », explique Julie. Pour l’anecdote, Jean-Pierre a maintenu la tradition de goûter la pâte de savon en fin de cuisson afin de s’assurer de la bonne alchimie entre les ingrédients.

Bon pour le corps et la planète

Le retour au naturel et à l’authenticité a permis au savon de Marseille de retrouver des couleurs. Réputé comme produit d’entretien notamment pour faire sa lessive, ses vertus pour le corps sont aujourd’hui avérées. Contrairement aux idées reçues, le savon de Marseille à l’huile d’olive est recommandé pour les peaux sensibles sujettes à l’eczéma ou le psoriasis: « c’est un excellent nettoyant, car hypoallergénique et hydratant », précise Julie.

Bon pour le corps mais également bon pour la planète. Végétal et naturel, sans conservateurs, sans additifs chimiques, et complètement biodégradable, le savon de Marseille est une alternative aux produits dérivés des industries chimiques et pétrolières. « L’amour de la nature a toujours fait partie des valeurs de la savonnerie ». Biologiste de formation, Julie porte le sujet du développement durable à bras le corps. En 2020, dans le cadre des 120 ans de la savonnerie, l’entreprise Marius Fabre a ainsi annoncé la suppression de l’huile de palme de tous les produits. Une nouvelle pierre à ce patrimoine familial bien huilé entre tradition et modernité.

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