Jean-Marc

Jean-Marc – fabricant de balais à l’accent chantant – lui-même 63 balais – né en Tarn-et-Garonne et ne le quitterait pour rien au monde – vit au rythme du retentissement de ses machines aux noms évocateurs: paillonneuse, couvreuse, machine à coudre.

Jean-Marc Coulom est le dernier fabricant du « Balai de Grisolles », petite bourgade à la frontière entre le Tarn-et-Garonne et la Haute-Garonne. Si le nom de cette ville de 4 000 habitants n’est pas très évocateur pour les non-résidents de la région, « il faut savoir que par le passé, Grisolles était la capitale du balai en paille en France », explique Jean-Marc. Juste avant la Première Guerre mondiale, sur 1 000 habitants, le secteur employait environ 400 ouvriers, qui travaillaient pour la vingtaine d’ateliers des alentours.

Pour savoir où l’on va, il faut savoir d’où l’on vient.

Jean-Marc COULOM, DERNIER FABRICANT DU BALAI DE GRISOLLES

Natif du département, Jean-Marc est un vrai tarn-et-garonnais : « Mon département, je l’adore, il y a tout ce qu’il faut ici et aucune raison de le quitter ! » s’exclame-t-il avec un enthousiasme très communicatif. Lui et les balais, c’est une histoire qui commence en 1986. À l’époque, Jean-Marc travaille aux meubles Capelle, à Montauban. Il cherche une autre activité et fait la rencontre de Jean Roches, un fabricant de balais à Pompignan (ville voisine, située à 2 km de Grisolles) sur le point de prendre sa retraite. « Je me suis formé six mois à ses côtés, ça m’a plu et j’ai décidé de m’installer non pas à Pompignan mais à Grisolles. Cela m’a permis de ramener le balai à Grisolles, la ville historique du balai. Pour savoir où l’on va, il faut savoir d’où l’on vient. »

Juillet 1987 marque le début de sa nouvelle aventure. Accolé à sa maison, il aménage son atelier dans une grange, le même depuis toutes ces années. Au centre de la première pièce et au milieu des quelques balais entreposés ici, tête en haut pour ne point les abîmer, la machine à coudre trône fièrement. Avec ses ronronnements intempestifs, elle fait parfois des siennes mais répond toujours présente quand vient l’heure de remplir sa tâche. Dans la pièce voisine, les balais sont assemblés et c’est justement ici que toute la magie opère.

Un balai, 4 étapes de fabrication

Jean-Marc travaille la paille de sorgho. Si autrefois, cette dernière était récoltée dans la région, elle est désormais achetée dans les pays de l’Est. Une fois qu’elle arrive à destination, il faut la trier. C’est à partir de ce moment-là que peut commencer la première étape de confection : le paillonnage.

Sur la paillonneuse, Jean-Marc dispose un manche en bois des Landes, provenant de Casteljaloux. Puis, il y ajoute les « callos », des bouts de roseau donnant sa raideur au balai. Ni une ni deux, par un petit coup de machine, le tout se voit resserré autour du manche. L’artisan enfonce alors une pointe, donne un coup de marteau et enroule un premier fil de fer, question que la paille ne se fasse pas la malle. Serpette en main, il vient couper le surplus de paille pour égaliser le tout. Et une première étape de faite, une ! Sans tarder, direction la couvreuse, pour s’adonner à la deuxième.

Avant de rajouter deux couches de paille, Jean-Marc resserre les paillons à l’aide de fil de fer. Tout en faisant bien attention à ne pas s’emmêler les doigts, il donne un coup de pédale pour dérouler le fil de fer, qui fixe les ajouts de paille au manche en bois. Et de deux !

Au tour de la machine à coudre de connaître son heure de gloire. Cinq ficelles sont cousues sur chacun des balais, qui se voient marqués de sept allers-retours horizontaux, pour justement fixer les points de couture. Dernière étape et pas des moindres : les finitions ! Un coup de massicot pour égaliser les longueurs ; un coup de pinceau rouge sur la pomme du balai et sur son extrémité basse ; avant de terminer par un coup de tampon « Grisolles, J.M Coulom » sur le manche. Quant à la couleur rouge et le tampon, ce sont les marques de fabrique de Jean-Marc, sa touche à lui.

Sont ainsi confectionnés 4 à 5 balais par heure. Tous, sans exception, passent entre les mains de l’artisan et sont expédiés dans toute la France et quelques pays limitrophes (Suisse, Luxembourg, Belgique, …).

Un métier passion

Les premières années de son activité marchent bien mais l’utilisation du balai en paille était déjà sur le déclin. La faute, entre autres, aux balais en plastique qui ont débarqué, sans trop rien demander, au milieu du XXème siècle. « A un moment, je ne vendais presque plus de balais. Environ 2 000 par an alors qu’au tout début de mon activité j’en vendais entre 10 000 et 12 000 par an. » Un dur constat qui n’a pourtant jamais ébranlé la passion de Jean-Marc pour son métier. « Quand j’ai appris avec monsieur Roches, je lui ai dit que je ferais tout pour que le balai ne s’arrête pas ! », insiste-t-il avec ardeur. Cette année, Jean-Marc espère revenir aux 10 000 balais fabriqués d’antan.

Fabriquer des balais, c’est un savoir-faire et à chaque fois que l’on perd un savoir-faire, c’est une partie du patrimoine qui fout le camp !

Jean-Marc COULOM, DERNIER FABRICANT DU BALAI DE GRISOLLES

Car si le sexagénaire est à la retraite depuis 2019, il ne peut s’empêcher de continuer à exercer. Son souhait le plus fort ? Préserver cet héritage et transmettre son amour pour son “vieux métier”, comme il le qualifie. « Fabriquer des balais, c’est un savoir-faire et à chaque fois que l’on perd un savoir-faire, c’est une partie du patrimoine qui fout le camp ! » se désole Jean-Marc.

Convaincu que les balais ont de beaux jours devant eux, Jean-Marc souhaite relever un dernier défi avant de raccrocher : relancer la production locale de paille. Pour ce faire, il tente de fédérer les agriculteurs des alentours afin que ces derniers se répartissent un certain nombre d’hectares, nécessaires à cet approvisionnement en matière première. Une ambition de taille loin d’être dénuée de sens car comme il le souligne avec ferveur « aujourd’hui, je suis dépendant de la paille étrangère mais demain il faut que nous redevenions indépendants ! »

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